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Un article paru sur le site du Monde qui explique le rôle du designer

C'est une question de définition. En anglais, "Design" signifie conception, tandis qu'en France, on ramène trop souvent le sens de ce mot à la seule conception artistique. "Le design, c'est l'art de donner forme aux objets, mais pas seulement dans leur enveloppe visible", explique ainsi Alain Cadix, le directeur de la plus célèbre école française de design, l'ENSCI-Les Ateliers (Ecole nationale supérieure de création industrielle), à Paris, qui insiste : "Quand on convoque les designers à la fin d'un projet pour juste. embellir le produit, nous n'y allons pas. Ce n'est pas notre métier. Nous intervenons beaucoup plus en amont, sur la conception même."

LES DESIGNERS PRENNENT DU GALON

C'est d'ailleurs parce que son fondateur estimait qu'un jour les designers devraient parler d'égal à égal avec les grands décideurs de l'entreprise - ceux du marketing et de l'ingénierie -, que l'autre école la plus renommée du design français, Strate Collège, a été créée en 1993. "Je voulais que le son 'stratégie' apparaisse dans le nom de l'école pour montrer que nous n'étions pas une école d'art de plus, mais bien une école de design dans son sens originel ", se souvient son directeur, Jean-René Talopp. Lequel est fier de constater qu'aujourd'hui "des designers arrivent à des postes clés dans l'industrie".

Les succès d'Apple aux Etats-Unis, de Seb ou Décathlon en France – plus gros employeurs de designers hexagonaux – ont fait comprendre à tous que la conception était globale et les designers indispensables. Alain Cadix peut même se réjouir de constater que les salaires de ses diplômés sont équivalents, dans les grandes entreprises, à ceux de la moyenne des diplômés des autres écoles membres de la CGE (Conférence des Grandes écoles), dont l'ENSCI fait partie.

Jusqu'à présent, 80 % de ces diplômés étaient des hommes. Mais les choses changent et Strate Collège s'apprête ainsi à recevoir 40 % de jeunes femmes dans sa prochaine promotion. "Tout le monde en est aujourd'hui convaincu : design et innovation sont indissociables, reprend Jean-René Talopp. Et le design va jusqu'au service, comme dans la démarche de Vélib. Il s'agit de penser globalement un objet dans son environnement. "

DES MONDES QUI SE RENCONTRENT

Avant de diriger l'ENSCI, c'est aux destinées d'une école d'ingénieurs qu'Alain Cadix présidait. Et ce n'est pas par hasard, tant les deux mondes sont de plus en plus liés, sans oublier celui du management. Un rapprochement fut précurseur en la matière, celui d'Artem à Nancy, qui réunit depuis 1999 l'Ecole des Mines, l'Ecole nationale supérieure d'art et l'ICN Business School. "Dans ce cadre, les ingénieurs que nous formons sont confrontés au développement de produits dont la conception va bien au-delà de l'ingénierie, car un produit doit avant tout répondre aux attentes du marché", explique Michel Jauzein, directeur de l'Ecole des Mines de Nancy, qui propose un master "design global" avec l'ICN et l'Institut national polytechnique de Nancy.

"Un ingénieur n'est ni un artiste ni un homme d'affaires, reprend Michel Jauzein. Il doit apprendre à travailler très tôt avec d'autres profils car, une fois dans l'entreprise, ce sera la réalité de son métier." Les étudiants des trois écoles nancéiennes en ont chaque semaine l'illustration avec des ateliers hebdomadaires de travail commun – et obligatoires ! – pendant un an.

"Les entreprises leur proposent de plancher sur des sujets comme 'A quoi ressembleront les agences bancaires en 2020 ?'", commente Jérôme Caby, le directeur de l'ICN, qui lance un tout nouveau diplôme avec ses partenaires en 2011 : un MSc (diplôme post master 1 délivré à 100 % en anglais et surtout destiné aux étudiants étrangers) "design et luxe" : "Notre partenariat avec les deux autres écoles nous permet de délivrer un diplôme totalement nouveau, avec des approches marketing qu'on retrouve ailleurs, mais aussi cent heures d'enseignements sur les matériaux, autant sur le design ou encore des ateliers de conception numérique."

DES DIPLÔMES COMMUNS

La démarche inventée par Artem rejoint celle de l'ENSCI, qui est, elle, partenaire de l'Ecole Centrale de Paris. "Moyennant un an et demi de formation après leur diplôme de Centrale, ses élèves peuvent en plus obtenir notre diplôme, et nos étudiants peuvent intégrer un mastère spécialisé de Centrale", se félicite Alain Cadix. Egalement partenaire de Centrale, Strate Collège a conçu avec elle et l'Essec un programme dit CPI pour "création d'un produit innovant". "Des jeunes managers et ingénieurs, dont c'est la formation de prendre le leadership dans les projets, y rencontrent des designers qui apportent une créativité, une inventivité qui les déroute souvent", remarque Jean-René Talopp.

"L'important est de réunir des points de vue, estime de son côté Jean-Marc Idoux, directeur de l'école d'ingénieurs lilloise HEI. A cet effet, nous organisons ce que nous appelons des 'ateliers de la recréation' qui réunissent entreprises et jeunes ingénieurs, managers, architectes ou designers afin de travailler ensemble sur des projets."

MAIS ALORS, C'EST QUOI EXACTEMENT LE "DESIGN" ?

Employé à toutes les sauces, le design est parfois totalement déconnecté de toute référence artistique. Par exemple quand l'Ecole centrale de Lyon et EM Lyon lancent le concept d'école Idea, fondée sur ce qu'on appelle le "design thinking" à l'université de Stanford, l'une des toutes grandes universités américaines. "Le design, ce n'est pas que du style, mais il ne peut pas y avoir de design sans style, estime pour sa part Alain Cadix. Un designer doit avoir une capacité à formaliser et à dessiner car tout se finit par la forme et l'objet. Le métier est à la confluence de l'esthétique, des technologies, de l'économie et de la sociologie."

L'ENSCI propose d'ailleurs des ateliers d'écriture de scénario pour favoriser la conceptualisation de projets. Et Alain Cadix d'insister sur le fait que "le design vient en relai de scientifiques en les aidant à trouver des usages à leurs découvertes". Des étudiants de l'ENSCI sont ainsi présents aussi bien dans un laboratoire de supraconductivité à l'université Paris-Sud Orsay qu'à l'Ecole des hautes études en sciences sociales ou encore à Grenoble au sein du Leti, un centre de recherche en nanotechnologies. Le design de l'infiniment petit ? "Non, mais dans celui de ses applications, comme celles qui vont permettre de transmettre les ondes émises par le cerveau à des instruments sans passer par une action physique", s'enthousiasme Alain Cadix, fier de pouvoir dire que "ses élèves travaillent non seulement sur l'apparence à donner au casque neuronal mais surtout sur les applications concrètes de cette nouvelle technologie". Quand on vous dit que le design est partout…

source : http://www.lemonde.fr/orientation-scolaire/article/2011/09/15/le-design-c-est-plus-que-de-l-art_1541896_1473696.html